" DES CITOYENS MOBILISÉS CONTRE UN PROJET INDIGNE
Adoptée cet été à l'Assemblée nationale, la proposition de loi dite de « présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre » a indigné les associations et les familles de victimes. Une marche de protestation était organisée le 20 septembre à Paris.
Ils sont un peu moins de vingt, réunis sur la place du ChâteauRouge en ce dimanche brumeux, lorsque le mégaphone résonne soudain : « On est ici pour manifester contre une loi dangereuse, qui donne l'immunité aux policiers ! » Autour d'eux, les personnes présentes sur la place se retournent, interloquées. « On se laisse pas faire, rejoignez-nous à République à 14 h ! » Le rendez-vous est donné par Florent, sac à dos et chaussures de marche aux pieds. Derrière lui, le petit groupe de manifestants se met en marche. Le long du boulevard Barbès, certains passants sourient en voyant défiler le cortège, et joignent leur voix aux chants de « Macron nous fait la guerre, et sa police aussi...»
La plupart des marcheurs font partie du 18e en lutte, un collectif solidaire et antiraciste du 18e. Ils ont rejoint l'appel à manifester lancé par l'association Stop aux violences d'Etat (SAVE) contre une proposition de loi qui veut que les gendarmes et policiers soient « présumés avoir agi » dans l'exercice de leurs fonctions lorsqu'ils « font usage de leur arme ». Déposée par un député LR, elle est inspirée d'un projet du Rassemblement National. « Il y a un danger mortel à ce que cette loi passe », affirme Florent. « C'est ce que les familles de victimes disent, mais aussi le syndicat de la magistrature. Tout le monde sait que les policiers vont tuer plus de monde une fois la loi votée, sachant qu'ils tuent déjà avec une impunité quasi totale*.» Recensant les décès survenus lors d'une intervention policière, le média en ligne Basta! dénonce une augmentation notable ces dernières années. En 2024, elle en dénombrait soixante-six. Entre 1977 et 2022, on compte près de 861 morts, dont plus de la moitié par balle.
Une loi injuste
Un crainte partagée par Lou, salarié de la SNCF et membre du 18e en lutte. « En tant qu'institution, la police n'a aucun sens si elle ne respecte pas elle-même la loi. Je réfute l'argument selon lequel la police tue pour mieux nous protéger.» Arrivés à la place de la République, le collectif se mêle à la manifestation, guidée par le cortège de SAVE. Les familles de victimes prennent tour à tour la parole. « Quand c'est arrivé, on n'était pas préparés », témoigne au micro le frère de Sulivan, tué par une policière à Cherbourg en juin. « Les preuves ne sont jamais suffisantes. Les frais d'avocat, ils sont pour nous ! On est obligés de faire des événements pour récolter de l'argent. » Sa voix s'étrangle, coupée par l'émotion. Avec cette nouvelle proposition de loi, ce sera aux familles de victimes d'apporter des preuves suffisantes pour réfuter la légitime défense des policiers.
À l'arrière, Florent aide à porter une banderole, floquée de la phrase « 18e antiraciste : on vit ensemble, on lutte ensemble ». « Être du 18e, ça donne déjà une certaine sensibilité. Historiquement, c'est un quartier riche en mouvements militants », explique-t-il. Quant au futur de cette proposition de loi, Florent ne désespère pas : « Si la mobilisation grossit, c’est possible que le gouvernement recule, et qu'il ne veuille pas s'embêter avec ça à six mois des élections. » Elle doit être examinée par le Sénat à la mi-octobre. 
Article écrit par ADELIA TEIXEIRA
*NDLR, dans une enquête, le Journal Basta! révélait en 2020 que deux tiers de ces affaires ne débouchent sur aucun procès.

Reportage photographique réalisé par Swan SENG
Article écrit par la journaliste ADELIA TEIXEIRA
Reportage pour le journal : Le 18ème du mois 
Avec le collectif : 18ème en lutte​​​​​​​
Appel à manifester par le collectif : Stop Aux Violences d'Etat, interview par : Les Répliques
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